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From Sylvia Petter's Back Burning

Grandir - French version 


It’s not that I ever wanted to be anything when I grew up. I just didn’t want to grow up.
So when grownups didn’t get an answer to the ‘be’ question straight away, they asked the ‘do’ question.
‘I want to fly. Like Peter Pan.’
‘You want to be like Peter Pan?’
‘No. I want to fly like him.’
When I was told that Peter Pan never grew up, I said, ‘I don’t want to either.’
‘But, Pamela, you have to grow up. Everyone grows up.’
‘Why? What if I don’t want to?’
‘It’s the way of nature, darling,’ my mother said.
My mother was grown up. But I could talk to her in spite of that. In a way she was right. Nature started doing things without me being able to stop it.
‘My, how Pamela has grown, Mrs. Thomson,’ one of the neighbours said.
So? I was getting taller. I seemed to need new shoes before I wore the old ones out. I could handle growing up after all, I thought, if it meant new shoes all the time. It also meant breaking them in, getting blisters on blisters. Maybe my feet should stop growing for a while. When the blisters hurt, I’d say to my mother: ‘Mum, I don’t want to grow up.’
‘That’s just growing, darling,’ she’d say. It seemed a lesser evil.
I kept growing and my breasts formed and I got my first period.
‘Pamela is growing up,’ I heard my mother say to someone on the phone.
So that was growing up. Well, I could do without it. I could do without things that bobbed when I ran, not being able to swim at that waterhole at a certain time of the month, pimples bursting out on my face at odd moments. I’d cry for nothing, before I knew why. Growing up was the pits.
When I poked out my tongue in class, the teacher said, ‘Pamela, do grow up.’
When I sulked, I was told to grow up. Being grown up was something my friends wanted to be. They said they could wear high heels and stockings and go into town alone. Big deal. I’d rather fly.
So I climbed up on a rock and tried it. Luckily it was at the waterhole. I started thinking the grown ups could be right. That I had no choice. Or did I?
What was so great about being grown up? The adults I knew didn’t seem so thrilled about it. They were awfully serious most of the time. The things that escaped them that made me laugh, they sucked in again.
I managed to make it to sixteen. I grew up on the outside, began flying on the inside. I think my mother understood. She’d smile and shake her head when she caught me miles away.
Then I fell in love. I thought I’d grown up inside. I’d sit around and dream all day. I’d love everyone, smile everywhere.
Mooning, they called it. ‘Grow up,’ they said.
I married my love. Now she’ll grow up, they said. I felt expectation breathing about me. So I started playing the grown-up game—with one concession: I’d answer the phone ‘Neverland here. Looking for the lost boys?’
It didn’t last long. ‘Grow up,’ said my husband.
My daughter was born. Part of me grew up. A bigger part of me went to play with her.
‘Who’s Peter Pan, Mum?’
I told her the story.
‘But, Mum. Everyone has to grow up. I can’t wait till I’m nineteen.’
‘Oh it’s not a matter of age, my darling,’ I said. ‘It’s in the mind.’
She gave me a quizzical look as I prayed she’d understand one day.
Maybe it was because I never grew up that my husband left me.
‘You know, you are a bit strange, Mum,’ my daughter said to me one day in her late teenage wisdom.
My pre-menopause friends said, ‘Pamela, you ought to grow up, you know. You can’t always say and do as you please.’
‘But I’m not hurting anyone.’
I’m a grandmother now. Would you believe I’ve fallen in love? I ride rainbows with leprechauns, wear purple underwear. Somehow nobody seems to bother anymore. It suits me like that. I blow bubbles and raspberries wherever I choose and my world is full of indigo and cyclamen. My grandchildren understand me.

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“Grow Up” is published in Back Burning, Interactive Publications (IP), Australia, 2007, and reproduced by permission of IP, Australia, www.ipoz.biz.

Order Back Burning and help raise urgently  needed funds for literacy for remote Indigenous communities in Australia.
Author and publisher will donate to Indigenous Literacy Project.


Grandir



Sylvia Petter


Ce n’est pas que je ne voulais rien être quand je grandirais, c’est simplement que je ne voulais pas grandir.
Alors quand les adultes n’obtenaient pas immédiatement de réponse à la question sur « être », ils posaient la question sur « faire ».
« Je veux voler. Comme Peter Pan.
- Tu veux ressembler à Peter Pan ?
- Non. Je veux voler comme lui. »
Quand j’ai appris que Peter Pan n’avait jamais grandi, j’ai dit :
« Moi non plus.
- Mais Pamela, tu ne peux pas ne pas grandir. Tout le monde grandit.
- Pourquoi ? Et si je ne veux pas ?
- C’est la nature ma chérie. » a affirmé ma mère.
Ma mère était adulte. Mais malgré cela il était possible de lui parler. D’un certain côté, elle avait raison. La nature a commencé à faire des choses que je ne pouvais pas arrêter.
« Mon Dieu, comme Pamela a grandi, Mrs Thomson » a dit une des voisines.
Et alors ? Je prenais des centimètres. J’avais l’impression d’être obligée d’acheter de nouvelles chaussures avant même que les autres soient usées. Bon, si grandir voulait dire avoir toujours des chaussures neuves, je pouvais assumer. Mais ça voulait aussi dire les faire et avoir ampoule sur ampoule. Peut-être que mes pieds allaient s’arrêter de grandir pendant un moment. Quand une ampoule me faisait mal je répétais à ma mère :
« maman, je ne veux pas grandir.
- C’est parce que tu grandis ma chérie » répondait-elle. C’était peut-être un moindre mal.
Je continuais à grandir. j’ai commencé à avoir des seins et j’ai eu mes premières règles.
J’ai entendu ma mère au téléphone dire à quelqu’un : « Pamela est en train de grandir.»
Alors grandir c’était ça. Eh bien, j’aurais pu m’en passer. J’aurais pu vivre sans ces trucs qui tressautaient quand je courais, sans l’interdiction de baignade certains jours du mois et sans les boutons qui fleurissaient sur mon visage quand je m’y attendais le moins. Je pleurais pour rien, avant même de savoir pourquoi. Grandir, c’était l’horreur.
Quand je tirais la langue en classe, la prof disait : « Pamela, il est temps que tu grandisses. »
Quand je boudais, on me disait de grandir. Mes amies en avaient toutes envie, d’être grandes. Elles racontaient qu’elles pourraient alors porter des talons hauts et des bas et aller en ville toutes seules. Tu parles. J’aurais préféré voler.
Alors j’ai grimpé sur un rocher et j’ai essayé. Heureusement que c’était au trou d’eau. J’ai commencé à penser que les adultes avaient peut-être raison. Que je n’avais pas le choix. Qui sait, pourtant ?
Qu’est ce qu’il avait de si super à être adulte ? Ceux que je connaissais ne semblaient pas trouver ça très excitant. La plupart du temps ils étaient terriblement sérieux. Et quand quelque chose leur échappait qui me faisait rire, ils le ravalaient aussitôt.
J’ai réussi à aller jusqu’à seize ans. Je grandissais à l’extérieur, mais en dedans je commençais à voler. Ma mère semblait comprendre. Elle souriait et secouait la tête quand elle me voyait perdue, dans un autre monde.
Et puis, je suis tombée amoureuse. Je pensais que j’avais enfin grandi à l’intérieur. Je passais mes journées à ne rien faire et à rêvasser. Je me mettais à aimer tout le monde, à sourire partout et tout le temps.
On me disait que je perdais mon temps, qu’il fallait que je grandisse.
J’ai épousé celui que j’aimais. Alors on a dit que j’allais enfin grandir. Je sentais le souffle retenu de leur attente tout autour de moi. J’ai donc joué à l’adulte – avec une exception : quand je répondais au téléphone je disais : « Le pays de Peter Pan. C’est au sujet des garçons perdus ? »
Ca n’a pas duré longtemps. « Grandis », m’a dit mon mari.
Ma fille est née. Une partie de moi a grandi. Une plus grande partie de moi est allée jouer avec elle.
« Qui est Peter Pan maman ? »
Je lui ai raconté l’histoire.
« Mais maman, tout le monde doit grandir. Moi, je voudrais avoir dix-neuf ans maintenant.
- Oh ce n’est pas une question d’âge, ma chérie, c’est dans la tête. »
Elle m’a regardé d’un air mi-amusé mi-soucieux tandis que silencieusement je priais pour qu’elle comprenne un jour.
Peut être que c’est parce que je n’ai jamais grandi que mon mari m’a quitté.
« Tu sais maman, tu es quand même un peu bizarre » m’a un jour déclaré ma fille, du haut de la sagesse de ses presque vingt ans.
Mes amies encore en âge de procréer me disaient : « Tu sais Pamela tu devrais grandir. Tu ne peux pas toujours dire et faire ce qui te chante.
- Mais je ne fais de mal à personne. »
Je suis grand’mère maintenant. Me croirez-vous si je vous dis que je suis tombée amoureuse ? Je chevauche des arcs en ciel en compagnie de lutins et je porte des sous-vêtements violets. Cela ne semble plus inquiéter personne. Cela me convient parfaitement. Je fais des bulles de savon ou des bruits de pets, suivant l’inspiration, et le monde où je vis est bleu indigo et rose cyclamen. Mes petits enfants n’ont pas de problème à me comprendre.

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“Grandir”, traduit par Marianne Camus, paraît dans La création au feminine:: filiations, éd. Marianne Camus, EUD, Dijon, France, 2007. ISBN 978-2-915552-79-9

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